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Chanson Douce

Chanson DouceLeïla Slimani
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Roman adulte


Louise est une « perle », une nounou parfaite, celle qui inspire à tout parent ce sentiment que nos enfants sont entre de bonnes mains. Il devient vite tentant dans cette confortable situation, de partir toujours plus tôt le matin, de rentrer toujours plus tard le soir, entraîné dans le tourbillon de la vie active. Mais Louise est aussi celle, qui, même si l’on ne peut plus se passer d’elle, n’est rien pour nous, rien pour personne, et à qui l’on confie pourtant ce que nous considérons le plus au monde. Louise devient banalement indispensable pour des parents pleinement investis professionnellement, tels que Paul et Myriam. Pour leurs enfants en bas âges, les débuts avec Louise, faits de jeux, de sorties au parc, et d’extraordinaires parties de rires, glissent alors irrémédiablement dans un malaise agissant entre pulsions de vie et pulsions de mort.

 

Inspiré d’un fait réel, les toutes premières lignes du roman de Leïla Slimani nous plongent sans égards dans le bain de sang : « le bébé est mort ». Le récit qui suit a le mérite de donner voix aux différents acteurs du drame, dont chacun se trouve être à sa façon, victime de différentes formes de pressions sociales. Comment être de bons parents, de bons amants, et de bons professionnels dans le même temps ? Pour « la nounou » la question est autre, et relève d’une forme insondable de misère humaine : la misère affective. Vivre seule, se vouer à un foyer autre que le sien, dans le but refoulé de provoquer l’amour, la reconnaissance, et le sentiment d’appartenance en retour. En vain : l’opération échoue. Ainsi, lorsqu’après tout, le retour d’ascenseur n’a pas lieu, lorsque le résultat des nombreux calculs de Louise reste nul, voici que la main qui protège devient la main qui assassine.

L’auteur ne justifie pas l’acte, mais le déroule sous toutes ses coutures. À nous d’en saisir tous les signes d’un désastre annoncé, dont les premières victimes sont des bébés, et des jeunes enfants. Il faut lire ce texte qui au premier abord pourrait rebuter par la dimension « racoleuse » de son sujet. Il est trop facile d’attirer le lecteur par cette peur ancestrale, lorsqu’on est dans la peau d’un parent qui confie son enfant. Mais ici la peur aurait été nécessaire à la survie. Il faut lire ce récit pour descendre, marche après marche, vers l’inéluctable, le tragique, ce que l’on sent sourdement arriver, et que personne pourtant n’arrêtera. Lire pour garder à l’esprit nos responsabilités de parents, même si un jour Mary Poppins venait à frapper à notre porte. Lire enfin, et avoir une pensée reconnaissante pour toutes celles et ceux qui connaissent la solitude, la misère, et restent pour autant maîtres de leurs failles les plus profondes.

 

Loïs L.

« Chanson douce », Leïla SLIMANI, Gallimard, 2016

 


[05/01/2017]

 
 

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